J'ai eu l'honneur de rédiger des articles dans une nouvelle rubrique du magazine Atout Chat:
dans cette rubrique, appelée PsychoChat. En répondant aux questions que peuvent se poser les propriétaires de chats, je développe également certains sujets pour vous faire comprendre comment fonctionne un chat.
La relation Homme/Animal: un domaine de recherche relativement récent...
Les relations entre l’homme et l’animal
Les relations entre l’être humain et le monde animal existent depuis des millénaires. Ces relations se sont traduites dans des tâches spécifiques comme les travaux des champs, la migration des peuples, mais également la chasse, les secours et l’assistance. Les interactions entre l’homme et l’animal familier apparaissent comme des phénomènes importants mais complexes, car de formes et de natures variées, et relevant de causes et de fonctions diverses (Servais & Millot, 2003). En effet, la fonction de l’animal auprès de l’homme a changé au cours du temps et l’animal va petit à petit devenir le substitut parfait de l’homme dans tous ses problèmes, comme c’est le cas dans notre société actuelle dans laquelle les animaux familiers sont présents en nombre (Savishinsky, 1983).
Il existe un réel attachement entre les humains et les animaux de compagnie, et celui-ci peut parfois être aussi fort qu’entre humains. L’affection et l’attachement que certaines personnes vouent à leur animal de compagnie peuvent mener celui-ci à être considéré comme un véritable membre de la famille en jouant notamment le rôle de confident. Berryman et al. (1985) a montré que les personnes âgées avaient tendance à considérer leur animal de compagnie comme un enfant.
Les effets de la présence animale sur notre santé
Les bienfaits de la présence animale auprès des humains ont été largement documentés, tant au niveau physiologique que psychologique. Le chien, par exemple, est depuis longtemps utilisé comme moyen d’intervention auprès de populations très diverses telles que : les personnes âgées, les personnes handicapées physiques ou mentales, les personnes malades mentales, les enfants, les prisonniers… (Willis, 1997).
Boris Levinson, pédopsychiatre américain (1961, 1972, 1975) a été le premier à montrer un intérêt particulier que pouvait représenter un chien dans certaines situations, en l’occurrence des psychothérapies destinées à des enfants ou des adultes. Dans le même sens, les psychiatres Corson et Corson (1975) ont montré l’impact considérable qu’avait eu l’introduction d’animaux de compagnie (des chiens) sur cinq patients, diagnostiqués schizophrènes, chez lesquels aucun des traitements tentés n’avait été efficace.
Suite à ces études pilotes, de nombreux travaux ont tenté de quantifier les « effets thérapeutiques » d’animaux sur une variété de troubles. Mais il apparaît clairement que les résultats de ces travaux sont extrêmement variables et ne font pas réellement preuve d’une méthodologie rigoureuse (Beck & Katcher, 1984).
- Effets physiques
Dès 1895, Florence Nightingale décrivait les vertus de la thérapie assistée par les animaux auprès de patients gravement malades (Willis, 1997 ; Lack, 2000). En outre, selon certaines études, les animaux de compagnie auraient un effet positif sur la santé physique et mentale en permettant de réduire l’anxiété et le stress (Barker & Dawson, 1998 ; Hansen & al., 1999).
Dans une étude faite sur des patients psychiatriques en milieu hospitalier, ils ont en effet conclu que les animaux de compagnie avaient un effet anxiolytique très important.
Selon Ganong (1995), la pression artérielle et le rythme cardiaque s’abaissent lors des contacts entre les humains et les animaux. Il en est de même du taux de cholestérol sanguin et de triglycérides qui diminuent lors d’interactions positives avec des animaux. De ces études, il ressort que l’animal familier pourrait avoir en certaines circonstances des effets « relaxants » objectivables par ces mesures électrophysiologiques (Friedman & al., 1983).
- Effets cliniques
Les animaux seraient une source de réconfort et de support ainsi qu’une source d’affection et d’amour pour pratiquement tous les groupes d’âges, procurant la satisfaction des besoins émotionnels fondamentaux (Servais, 2007). Des études ont mis en évidence le fait que la présence d’un chien permettrait d’établir et de maintenir la communication entre les intervenants et les malades dans les centres de soins. Elle permettrait également d’augmenter la quantité et la qualité des interactions sociales (Viau, 2004).
La présence d’un animal de compagnie paisible a par conséquent des effets cliniques importants. L’utilisation d’un animal dans un cadre thérapeutique se nomme la thérapie assistée par l’animal. Des études ont montré que la présence animale pouvait diminuer la dépression (Garrity & al., 1989), améliorer l’estime de soi et le sentiment de sécurité (Francis & al., 1985).
En outre, il semble que l’animal de compagnie tel que le chien exerce une force en tant que catalyseur social (Eddy & al., 1988) : il facilite les interactions entre étrangers. Ces chercheurs ont placé des adultes en fauteuil roulant avec et sans chien dans des endroits publics et ont enregistré les réactions des passants. L’analyse des résultats a montré que la simple présence d’un chien permettait aux personnes en fauteuil roulant d’augmenter significativement leurs interactions avec des personnes qui leurs étaient étrangères. Mader et al. (1989) ont reproduit sensiblement la même expérience avec des enfants en fauteuil roulant et ont obtenu des résultats comparables.
Il a également été mis en évidence par Barker (1993) et Voith (1995) que la plupart des propriétaires d’animaux de compagnie estimaient que leur animal avait amélioré la qualité de vie de la famille et leur qualité de vie personnelle.
Effets sur les enfantsKatcher et Wilkins (1994) ont montré qu’il était possible d’obtenir de bons résultats en utilisant la thérapie assistée par l’animal auprès d’enfants atteints d’importants troubles du déficit attentionnel et de comportement. Les résultats ont montré qu’il y avait une réduction des comportements d’agression et d’agitation, une augmentation de la coopération avec les éducateurs, une stimulation des enfants pour l’apprentissage cognitif et une amélioration du contrôle de la discipline en classe. De même, Barker et al. (1997) ont mis en relief l’important rôle que jouaient les animaux familiers chez des enfants sexuellement abusés. Dans certains cas, l’animal de compagnie représentait le seul support affectif rapporté par ces enfants. D’ailleurs, selon certain auteurs, les enfants possédant des animaux semblent développer une plus grande empathie, une plus grande estime de soi ainsi qu’une image de soi plus satisfaisante que les autres (Poresky, 1990 ; Van Houtte, 1995). D’autres études ont montré que la présence d’un animal dans des situations de soins médicaux avaient des effets bénéfiques sur les enfants, en détournant notamment l’attention des enfants des soins effectués (Friedmann & al., 1983 ; Wells, 1998 ; Nagengast & al., 1993). D’après Montagner (2002), l'interaction avec un animal peut favoriser chez l'enfant : apaisement, sécurité affective, élans vers l'autre, communication, socialisation mais aussi attention, intelligence, imagination, créativité, confiance et estime de soi.De nombreuses recherches ont été développées au niveau de l’autisme et des troubles envahissant du développement. Campbell et Katcher (1992) ont montré que le chien permettait aux enfants autistes de prendre conscience de leur environnement et ainsi d’augmenter leurs contacts sociaux avec le chien et le thérapeute. Martin et Farnum (2002) abondent également dans ce sens pour les enfants souffrant de troubles envahissant du développement.L’animal familier peut également avoir sa place dans une démarche, non plus thérapeutique, mais éducative ou pédagogique auprès de l’enfant. A partir de l’intérêt qu’il suscite et de l’attrait qu’il exerce, il peut permettre à l’enfant dans un cadre scolaire ou parascolaire d’exprimer des compétences enfouies ou intégrer de nouvelles connaissances (Montagner, 1995 ; Millot, 1995). La présence de l’animal réel, et non sa représentation, permet à l’enfant d’interagir et ainsi d’adapter et d’ajuster son comportement en fonction des réactions de l’animal. La dimension « éducative » de l’animal est d’un intérêt accru dans le cas d’enfants et d’adolescents en difficulté sociale. La ferme expérimentale de « Green Chimneys » créée par Samuel Ross dans l’état de New-York dès 1948 en est un bon exemple. Elle accueille des enfants et adolescents présentant des troubles sévères et divers au niveau comportemental, social ou émotionnel et leur permet d’interagir et de prendre en charge des animaux domestiques. Roos et al. (1984) ont constaté un investissement correct des enfants dans cette responsabilité de l’animal même avant tout commencement de réinsertion sociale. L’animal apparaît ici comme une aide à la stabilisation, à la régulation du comportement qui est un préalable indispensable à toute évolution positive du comportement social et intégration dans un processus éducatif.Différents travaux de recherche ont ainsi supposé un rôle positif de la présence d’animaux familiers dans la vie affective de l’enfant, ainsi que dans les processus de socialisation et de développement cognitif. Mais les résultats ne sont pas toujours cohérents entre eux, montrant une grande diversité de conséquences selon les situations, les espèces animales en présence et les âges des enfants concernés (Nielsen & Delude, 1989 ; Salomon & al., 1989).En effet, l’étude des interactions entre l’homme et l’animal est un domaine de recherche relativement récent où il reste encore beaucoup à approfondir. Ainsi, de nombreuses disciplines comme l’anthropologie, la médecine, la psychologie ou l’éthologie peuvent être abordées sous l’égide d’un travail multidisciplinaire, pour tenter de répondre aux questions sous-jacentes à des études si vastes.
dans cette rubrique, appelée PsychoChat. En répondant aux questions que peuvent se poser les propriétaires de chats, je développe également certains sujets pour vous faire comprendre comment fonctionne un chat.
La relation Homme/Animal: un domaine de recherche relativement récent...
Les relations entre l’homme et l’animal
Les relations entre l’être humain et le monde animal existent depuis des millénaires. Ces relations se sont traduites dans des tâches spécifiques comme les travaux des champs, la migration des peuples, mais également la chasse, les secours et l’assistance. Les interactions entre l’homme et l’animal familier apparaissent comme des phénomènes importants mais complexes, car de formes et de natures variées, et relevant de causes et de fonctions diverses (Servais & Millot, 2003). En effet, la fonction de l’animal auprès de l’homme a changé au cours du temps et l’animal va petit à petit devenir le substitut parfait de l’homme dans tous ses problèmes, comme c’est le cas dans notre société actuelle dans laquelle les animaux familiers sont présents en nombre (Savishinsky, 1983).
Il existe un réel attachement entre les humains et les animaux de compagnie, et celui-ci peut parfois être aussi fort qu’entre humains. L’affection et l’attachement que certaines personnes vouent à leur animal de compagnie peuvent mener celui-ci à être considéré comme un véritable membre de la famille en jouant notamment le rôle de confident. Berryman et al. (1985) a montré que les personnes âgées avaient tendance à considérer leur animal de compagnie comme un enfant.
Les effets de la présence animale sur notre santé
Les bienfaits de la présence animale auprès des humains ont été largement documentés, tant au niveau physiologique que psychologique. Le chien, par exemple, est depuis longtemps utilisé comme moyen d’intervention auprès de populations très diverses telles que : les personnes âgées, les personnes handicapées physiques ou mentales, les personnes malades mentales, les enfants, les prisonniers… (Willis, 1997).
Boris Levinson, pédopsychiatre américain (1961, 1972, 1975) a été le premier à montrer un intérêt particulier que pouvait représenter un chien dans certaines situations, en l’occurrence des psychothérapies destinées à des enfants ou des adultes. Dans le même sens, les psychiatres Corson et Corson (1975) ont montré l’impact considérable qu’avait eu l’introduction d’animaux de compagnie (des chiens) sur cinq patients, diagnostiqués schizophrènes, chez lesquels aucun des traitements tentés n’avait été efficace.
Suite à ces études pilotes, de nombreux travaux ont tenté de quantifier les « effets thérapeutiques » d’animaux sur une variété de troubles. Mais il apparaît clairement que les résultats de ces travaux sont extrêmement variables et ne font pas réellement preuve d’une méthodologie rigoureuse (Beck & Katcher, 1984).
- Effets physiques
Dès 1895, Florence Nightingale décrivait les vertus de la thérapie assistée par les animaux auprès de patients gravement malades (Willis, 1997 ; Lack, 2000). En outre, selon certaines études, les animaux de compagnie auraient un effet positif sur la santé physique et mentale en permettant de réduire l’anxiété et le stress (Barker & Dawson, 1998 ; Hansen & al., 1999).
Dans une étude faite sur des patients psychiatriques en milieu hospitalier, ils ont en effet conclu que les animaux de compagnie avaient un effet anxiolytique très important.
Selon Ganong (1995), la pression artérielle et le rythme cardiaque s’abaissent lors des contacts entre les humains et les animaux. Il en est de même du taux de cholestérol sanguin et de triglycérides qui diminuent lors d’interactions positives avec des animaux. De ces études, il ressort que l’animal familier pourrait avoir en certaines circonstances des effets « relaxants » objectivables par ces mesures électrophysiologiques (Friedman & al., 1983).
- Effets cliniques
Les animaux seraient une source de réconfort et de support ainsi qu’une source d’affection et d’amour pour pratiquement tous les groupes d’âges, procurant la satisfaction des besoins émotionnels fondamentaux (Servais, 2007). Des études ont mis en évidence le fait que la présence d’un chien permettrait d’établir et de maintenir la communication entre les intervenants et les malades dans les centres de soins. Elle permettrait également d’augmenter la quantité et la qualité des interactions sociales (Viau, 2004).
La présence d’un animal de compagnie paisible a par conséquent des effets cliniques importants. L’utilisation d’un animal dans un cadre thérapeutique se nomme la thérapie assistée par l’animal. Des études ont montré que la présence animale pouvait diminuer la dépression (Garrity & al., 1989), améliorer l’estime de soi et le sentiment de sécurité (Francis & al., 1985).
En outre, il semble que l’animal de compagnie tel que le chien exerce une force en tant que catalyseur social (Eddy & al., 1988) : il facilite les interactions entre étrangers. Ces chercheurs ont placé des adultes en fauteuil roulant avec et sans chien dans des endroits publics et ont enregistré les réactions des passants. L’analyse des résultats a montré que la simple présence d’un chien permettait aux personnes en fauteuil roulant d’augmenter significativement leurs interactions avec des personnes qui leurs étaient étrangères. Mader et al. (1989) ont reproduit sensiblement la même expérience avec des enfants en fauteuil roulant et ont obtenu des résultats comparables.
Il a également été mis en évidence par Barker (1993) et Voith (1995) que la plupart des propriétaires d’animaux de compagnie estimaient que leur animal avait amélioré la qualité de vie de la famille et leur qualité de vie personnelle.
Effets sur les enfantsKatcher et Wilkins (1994) ont montré qu’il était possible d’obtenir de bons résultats en utilisant la thérapie assistée par l’animal auprès d’enfants atteints d’importants troubles du déficit attentionnel et de comportement. Les résultats ont montré qu’il y avait une réduction des comportements d’agression et d’agitation, une augmentation de la coopération avec les éducateurs, une stimulation des enfants pour l’apprentissage cognitif et une amélioration du contrôle de la discipline en classe. De même, Barker et al. (1997) ont mis en relief l’important rôle que jouaient les animaux familiers chez des enfants sexuellement abusés. Dans certains cas, l’animal de compagnie représentait le seul support affectif rapporté par ces enfants. D’ailleurs, selon certain auteurs, les enfants possédant des animaux semblent développer une plus grande empathie, une plus grande estime de soi ainsi qu’une image de soi plus satisfaisante que les autres (Poresky, 1990 ; Van Houtte, 1995). D’autres études ont montré que la présence d’un animal dans des situations de soins médicaux avaient des effets bénéfiques sur les enfants, en détournant notamment l’attention des enfants des soins effectués (Friedmann & al., 1983 ; Wells, 1998 ; Nagengast & al., 1993). D’après Montagner (2002), l'interaction avec un animal peut favoriser chez l'enfant : apaisement, sécurité affective, élans vers l'autre, communication, socialisation mais aussi attention, intelligence, imagination, créativité, confiance et estime de soi.De nombreuses recherches ont été développées au niveau de l’autisme et des troubles envahissant du développement. Campbell et Katcher (1992) ont montré que le chien permettait aux enfants autistes de prendre conscience de leur environnement et ainsi d’augmenter leurs contacts sociaux avec le chien et le thérapeute. Martin et Farnum (2002) abondent également dans ce sens pour les enfants souffrant de troubles envahissant du développement.L’animal familier peut également avoir sa place dans une démarche, non plus thérapeutique, mais éducative ou pédagogique auprès de l’enfant. A partir de l’intérêt qu’il suscite et de l’attrait qu’il exerce, il peut permettre à l’enfant dans un cadre scolaire ou parascolaire d’exprimer des compétences enfouies ou intégrer de nouvelles connaissances (Montagner, 1995 ; Millot, 1995). La présence de l’animal réel, et non sa représentation, permet à l’enfant d’interagir et ainsi d’adapter et d’ajuster son comportement en fonction des réactions de l’animal. La dimension « éducative » de l’animal est d’un intérêt accru dans le cas d’enfants et d’adolescents en difficulté sociale. La ferme expérimentale de « Green Chimneys » créée par Samuel Ross dans l’état de New-York dès 1948 en est un bon exemple. Elle accueille des enfants et adolescents présentant des troubles sévères et divers au niveau comportemental, social ou émotionnel et leur permet d’interagir et de prendre en charge des animaux domestiques. Roos et al. (1984) ont constaté un investissement correct des enfants dans cette responsabilité de l’animal même avant tout commencement de réinsertion sociale. L’animal apparaît ici comme une aide à la stabilisation, à la régulation du comportement qui est un préalable indispensable à toute évolution positive du comportement social et intégration dans un processus éducatif.Différents travaux de recherche ont ainsi supposé un rôle positif de la présence d’animaux familiers dans la vie affective de l’enfant, ainsi que dans les processus de socialisation et de développement cognitif. Mais les résultats ne sont pas toujours cohérents entre eux, montrant une grande diversité de conséquences selon les situations, les espèces animales en présence et les âges des enfants concernés (Nielsen & Delude, 1989 ; Salomon & al., 1989).En effet, l’étude des interactions entre l’homme et l’animal est un domaine de recherche relativement récent où il reste encore beaucoup à approfondir. Ainsi, de nombreuses disciplines comme l’anthropologie, la médecine, la psychologie ou l’éthologie peuvent être abordées sous l’égide d’un travail multidisciplinaire, pour tenter de répondre aux questions sous-jacentes à des études si vastes.