« J’aimerais avoir votre avis. J’ai un chat européen, Tigrou, né le 14 avril 2003. Je l’ai eu à l’âge de deux mois par ma cousine. Dernièrement, elle m’a donné une petite chatte noire, Canaille, de deux mois. Malheureusement mon Tigrou a peut d’elle car elle est toujours en mouvement, pleine de vigueur. Dès qu’il se trouve en sa présence, il feule, gronde et se sauve pour aller se cacher. Dans sa fuite, il a même uriné dans la cuisine. Je ne sais plus quoi faire et envisage, à contre-cœur de me séparer de Canaille. »
Jean-Pierre Augu
La cohabitation entre vos deux minous ne semble pas se passer très bien et je comprends votre désarroi. Tigrou a sans doute mal accepté la venue de Canaille et préfère se cacher lorsqu’elle est en sa présence. Je vous avoue que ce n’est pas très bon signe. Mais sachez qu’il est rare que deux chats soient déjà copains et se promènent « patte dans la patte » alors qu’ils se rencontrent pour la première fois. Par conséquent, les questions que je me pose sont les suivantes : Tigrou a-t-il été habitué à vivre avec d’autres chats auparavant? Depuis combien de temps la situation en est là ? Les chats ont-ils accès à l’extérieur ?... Si cela fait déjà un mois, je ne veux pas être alarmiste mais c’est vraiment mal parti. Pourtant, Tigrou est jeune, Canaille est un chaton, ce sont en général des cohabitations qui ont une chance de fonctionner, à condition que Tigrou soit sociable. N’oublions pas que l’entente entre chats est surtout une question d’atomes crochus !
Par contre, ce qui m’inquiète, c’est que Tigrou est devenu malpropre, ce qui est un signe d’anxiété. Il accomplit un comportement naturel (l’élimination) pour évacuer son stress et se rassurer en déposant ses odeurs. L’arrivée de Canaille chez vous en semble être la cause. J’ai bien peur que Tigrou ne tolère pas du tout Canaille. Il est vrai que dans ces cas-là, le mieux serait de confier le dernier venu (Canaille donc) à un autre foyer. On ne peut pas forcer deux chats à cohabiter ensemble. Néanmoins, aux vues des informations qui me manquent, avant de prendre cette décision, il serait préférable de consulter un comportementaliste dans votre région qui vous aidera comme il le faut à trouver une solution à votre problème.
« J’ai toujours entendu dire que les chats n’étaient pas hiérarchisés comme les chiens, qu’il n’y avait pas de dominant ni de dominé, mais qu’ils étaient des animaux territoriaux. Or, nous avons un chat de trois ans qui fait la loi à la maison. Nous avons en tout 8 chats qui sont tous castrés et celui-là passe beaucoup de temps à les empêcher de sortir ou de rentrer en les menaçant, ou bien il leur saute dessus sans crier gare. Nous n’arrivons pas à savoir s’il joue car il ne se bat pas méchamment ou s’il se prend vraiment pour le chef ? En tous cas, les autres, plus jeunes et plus âgés que lui, se méfient de lui. »
Anne Diaz
Il est vrai que la hiérarchie que l’on rencontre chez les chats est différente de celle entre chiens, ou même dans d’autres espèces animales. Chez le chat domestique, on observe de nombreux types de hiérarchie de dominance (linéaire, territoriale…). Ces systèmes ne sont pas figés et peuvent changer en fonction du contexte, de l’état physique et psychique des chats qui vivent ensemble, et évoluent aussi dans le temps.
Dans votre cas, je pense qu’il s’agit plutôt d’une hiérarchie territoriale. Il est possible que votre chat de trois ans ait pris le dessus sur les sept autres et a réussi à créer un système pour réguler le stress de la cohabitation et gérer l’espace dû. Il n’est jamais évident pour des chats de vivre ensemble, même s’ils sont castrés, ni de s’entendre comme on l’aimerait, c'est-à-dire sans interactions agressives. Il y a toujours des bagarres, même pour des chats qui s’entendent bien. Par son comportement, votre chat en impose aux autres et fait valoir ses droits : il fait régner un ordre pour que ce ne soit pas le chaos chez vous.
La communication chimique et les phéromones
La communication est l’émission par un individu (l’émetteur) d’un signal provoquant une réponse de la part d’un autre individu (le récepteur), la réaction étant bénéfique à l’émetteur, au récepteur ou aux deux.
Il existe différents modes de communication dans le monde vivant, mais seule la communication chimique y est universelle. Contrairement à la communication vocale par exemple, la communication chimique perdure dans le temps. Elle met en jeu des molécules chimiques appelées les phéromones. Ces dernières, à l’inverse des hormones, sont sécrétées à l’extérieur de l’organisme par des glandes spécifiques. Il existe différentes catégories de phéromones : les phéromones d’alarme, territoriales, sexuelles… de composition différente et chacune véhicule un message spécifique.
Chez le chat, des glandes situées notamment au niveau des commissures des lèvres, sur la tête, sur le flanc, sous les coussinets et à la base de la queue produisent un mélange de composés odorants spécifiques à chaque individu et qui constitue leur signature olfactive.
La communication chimique est perçue essentiellement par l’olfaction. N’oublions pas que le chat vit dans un véritable univers olfactif grâce à son odorat très bien développé.
Lorsque notre minou vient se frotter contre nos jambes, il y dépose son odeur. On nomme ce comportement : le marquage de familiarisation. On peut imaginer que c’est pour lui une manière amicale de nous intégrer dans son groupe social, et ainsi de témoigner son attachement envers nous. En se frottant contre nos meubles, il montre son intention de rendre familier son environnement.
Nous ne savons pas ce que le chat décode de nos phéromones ni de nos odeurs. Mais il est évident que nos minous sont de véritables « éponges » car sentent très bien lorsque nous sommes stressés, en colère ou joyeux, car notre odeur change. Par conséquent, ils adaptent leur comportement en fonction de notre état émotionnel.
Le chat : un animal territorial
Le chat est un chasseur solitaire, contrairement à d’autres espèces comme les lions et les chimpanzés qui chassent selon un mode coopératif. Il vit seul, se nourrit seul et sa vie est centrée sur son territoire.
Il faut distinguer le domaine vital du territoire. Le domaine vital est l’espace parcouru par l’individu au cours de sa vie quotidienne. Le territoire est une surface restreinte du domaine vital, délimitée (marquage) et défendu contre les congénères et/ou d’autres espèces. Le chat peut avoir plusieurs territoires qu’il défendra contre les intrusions.
La chatte possède un territoire inférieur à celui du chat mâle. Le territoire se divise en champs territoriaux : les champs d’activité (alimentation, chasse, jeux, reproduction), d’isolement (repos en solitaire) et les champs d’agression (conflits entre mâles), qui sont caractérisés par la proportion de temps accordée aux différents comportements.
Les domaines vitaux de différents chats peuvent s’entrecroiser. Les chats voisins peuvent à la rigueur utiliser le même chemin mais à des moments différents. Il y a véritablement une organisation temporelle des territoires. Quand il y a surpopulation et que les ressources alimentaires sont limitées, donc que les lieux fréquentés doivent être partagés comme c’est la cas en milieu urbain, il y a même des lieux de retrouvaille où les chats se jaugent et se sentent. En général, ce sont des lieux de nourrissage et de bons lieux de rencontre pour la reproduction. Le marquage du territoire permet d’éviter les conflits entre chats, très coûteux en énergie.
La vie entre chats
Etre chasseur solitaire n’empêche pas d’avoir une vie sociale élémentaire. Perpétuer l’espèce nécessite la rencontre des partenaires sexuels. On dit souvent que le chat est indépendant ou asocial. Il est vrai que le chat est plus territorial que social. L’attachement fort au territoire et l’attachement social faible est une règle générale : il existe bien évidemment des exceptions. En réalité, un chat naît avec une plasticité comportementale qui lui permet de développer des compétences sociales. La domestication a joué un véritable rôle en cela. En effet, le chat s’est rapproché de l’homme qui lui procurait nourriture, confort, sécurité mais également de l’affection. Pour qu’un chat devienne sociable, la génétique est primordiale, mais cette socialité doit être entretenue par l’environnement dans lequel il évolue.
Cependant, les chats ne vivent pas en véritables groupes sociaux. Les ordres sociaux (hiérarchie de dominance) qui s’établissent entre chats ne sont pas stables et dépendent du contexte. Vivre en groupe nécessite une organisation de l’espace et de l’accès aux ressources.
Dans la nature, les femelles s’organisent en groupes matriarcaux composés de la mère et de sa descendance (plusieurs générations), et forment ainsi de véritables pouponnières ou chatonneries. Les mâles adultes, eux, sont plutôt solitaires.
En zone urbaine, on assiste à des regroupements de chats mâles formant ce qu’on appelle : une fraternité. Dans ces groupes, il y a des dominants, des subordonnés et des alliances entre certains chats.
En appartement, l’organisation sociale entre les chats se fait par affinité : les chats doivent partager le même territoire, et s’ils ont la chance d’avoir une sociabilité entretenue, ils réussiront à cohabiter de manière pacifique (se toiletter mutuellement, dormir ensemble, manger côte à côte…). Il peut arriver qu’un chat prenne le dessus sur les autres, pour l’accès à une pièce, aux gamelles… On parle de hiérarchie de dominance quand un individu (le dominant) a priorité sur un autre (le subordonné). Mais ce système de hiérarchie n’est pas figé et peut évoluer au cours du temps. Il s’agit simplement pour les chats de gérer au mieux la cohabitation dans un territoire restreint.
Jean-Pierre Augu
La cohabitation entre vos deux minous ne semble pas se passer très bien et je comprends votre désarroi. Tigrou a sans doute mal accepté la venue de Canaille et préfère se cacher lorsqu’elle est en sa présence. Je vous avoue que ce n’est pas très bon signe. Mais sachez qu’il est rare que deux chats soient déjà copains et se promènent « patte dans la patte » alors qu’ils se rencontrent pour la première fois. Par conséquent, les questions que je me pose sont les suivantes : Tigrou a-t-il été habitué à vivre avec d’autres chats auparavant? Depuis combien de temps la situation en est là ? Les chats ont-ils accès à l’extérieur ?... Si cela fait déjà un mois, je ne veux pas être alarmiste mais c’est vraiment mal parti. Pourtant, Tigrou est jeune, Canaille est un chaton, ce sont en général des cohabitations qui ont une chance de fonctionner, à condition que Tigrou soit sociable. N’oublions pas que l’entente entre chats est surtout une question d’atomes crochus !
Par contre, ce qui m’inquiète, c’est que Tigrou est devenu malpropre, ce qui est un signe d’anxiété. Il accomplit un comportement naturel (l’élimination) pour évacuer son stress et se rassurer en déposant ses odeurs. L’arrivée de Canaille chez vous en semble être la cause. J’ai bien peur que Tigrou ne tolère pas du tout Canaille. Il est vrai que dans ces cas-là, le mieux serait de confier le dernier venu (Canaille donc) à un autre foyer. On ne peut pas forcer deux chats à cohabiter ensemble. Néanmoins, aux vues des informations qui me manquent, avant de prendre cette décision, il serait préférable de consulter un comportementaliste dans votre région qui vous aidera comme il le faut à trouver une solution à votre problème.
« J’ai toujours entendu dire que les chats n’étaient pas hiérarchisés comme les chiens, qu’il n’y avait pas de dominant ni de dominé, mais qu’ils étaient des animaux territoriaux. Or, nous avons un chat de trois ans qui fait la loi à la maison. Nous avons en tout 8 chats qui sont tous castrés et celui-là passe beaucoup de temps à les empêcher de sortir ou de rentrer en les menaçant, ou bien il leur saute dessus sans crier gare. Nous n’arrivons pas à savoir s’il joue car il ne se bat pas méchamment ou s’il se prend vraiment pour le chef ? En tous cas, les autres, plus jeunes et plus âgés que lui, se méfient de lui. »
Anne Diaz
Il est vrai que la hiérarchie que l’on rencontre chez les chats est différente de celle entre chiens, ou même dans d’autres espèces animales. Chez le chat domestique, on observe de nombreux types de hiérarchie de dominance (linéaire, territoriale…). Ces systèmes ne sont pas figés et peuvent changer en fonction du contexte, de l’état physique et psychique des chats qui vivent ensemble, et évoluent aussi dans le temps.
Dans votre cas, je pense qu’il s’agit plutôt d’une hiérarchie territoriale. Il est possible que votre chat de trois ans ait pris le dessus sur les sept autres et a réussi à créer un système pour réguler le stress de la cohabitation et gérer l’espace dû. Il n’est jamais évident pour des chats de vivre ensemble, même s’ils sont castrés, ni de s’entendre comme on l’aimerait, c'est-à-dire sans interactions agressives. Il y a toujours des bagarres, même pour des chats qui s’entendent bien. Par son comportement, votre chat en impose aux autres et fait valoir ses droits : il fait régner un ordre pour que ce ne soit pas le chaos chez vous.
La communication chimique et les phéromones
La communication est l’émission par un individu (l’émetteur) d’un signal provoquant une réponse de la part d’un autre individu (le récepteur), la réaction étant bénéfique à l’émetteur, au récepteur ou aux deux.
Il existe différents modes de communication dans le monde vivant, mais seule la communication chimique y est universelle. Contrairement à la communication vocale par exemple, la communication chimique perdure dans le temps. Elle met en jeu des molécules chimiques appelées les phéromones. Ces dernières, à l’inverse des hormones, sont sécrétées à l’extérieur de l’organisme par des glandes spécifiques. Il existe différentes catégories de phéromones : les phéromones d’alarme, territoriales, sexuelles… de composition différente et chacune véhicule un message spécifique.
Chez le chat, des glandes situées notamment au niveau des commissures des lèvres, sur la tête, sur le flanc, sous les coussinets et à la base de la queue produisent un mélange de composés odorants spécifiques à chaque individu et qui constitue leur signature olfactive.
La communication chimique est perçue essentiellement par l’olfaction. N’oublions pas que le chat vit dans un véritable univers olfactif grâce à son odorat très bien développé.
Lorsque notre minou vient se frotter contre nos jambes, il y dépose son odeur. On nomme ce comportement : le marquage de familiarisation. On peut imaginer que c’est pour lui une manière amicale de nous intégrer dans son groupe social, et ainsi de témoigner son attachement envers nous. En se frottant contre nos meubles, il montre son intention de rendre familier son environnement.
Nous ne savons pas ce que le chat décode de nos phéromones ni de nos odeurs. Mais il est évident que nos minous sont de véritables « éponges » car sentent très bien lorsque nous sommes stressés, en colère ou joyeux, car notre odeur change. Par conséquent, ils adaptent leur comportement en fonction de notre état émotionnel.
Le chat : un animal territorial
Le chat est un chasseur solitaire, contrairement à d’autres espèces comme les lions et les chimpanzés qui chassent selon un mode coopératif. Il vit seul, se nourrit seul et sa vie est centrée sur son territoire.
Il faut distinguer le domaine vital du territoire. Le domaine vital est l’espace parcouru par l’individu au cours de sa vie quotidienne. Le territoire est une surface restreinte du domaine vital, délimitée (marquage) et défendu contre les congénères et/ou d’autres espèces. Le chat peut avoir plusieurs territoires qu’il défendra contre les intrusions.
La chatte possède un territoire inférieur à celui du chat mâle. Le territoire se divise en champs territoriaux : les champs d’activité (alimentation, chasse, jeux, reproduction), d’isolement (repos en solitaire) et les champs d’agression (conflits entre mâles), qui sont caractérisés par la proportion de temps accordée aux différents comportements.
Les domaines vitaux de différents chats peuvent s’entrecroiser. Les chats voisins peuvent à la rigueur utiliser le même chemin mais à des moments différents. Il y a véritablement une organisation temporelle des territoires. Quand il y a surpopulation et que les ressources alimentaires sont limitées, donc que les lieux fréquentés doivent être partagés comme c’est la cas en milieu urbain, il y a même des lieux de retrouvaille où les chats se jaugent et se sentent. En général, ce sont des lieux de nourrissage et de bons lieux de rencontre pour la reproduction. Le marquage du territoire permet d’éviter les conflits entre chats, très coûteux en énergie.
La vie entre chats
Etre chasseur solitaire n’empêche pas d’avoir une vie sociale élémentaire. Perpétuer l’espèce nécessite la rencontre des partenaires sexuels. On dit souvent que le chat est indépendant ou asocial. Il est vrai que le chat est plus territorial que social. L’attachement fort au territoire et l’attachement social faible est une règle générale : il existe bien évidemment des exceptions. En réalité, un chat naît avec une plasticité comportementale qui lui permet de développer des compétences sociales. La domestication a joué un véritable rôle en cela. En effet, le chat s’est rapproché de l’homme qui lui procurait nourriture, confort, sécurité mais également de l’affection. Pour qu’un chat devienne sociable, la génétique est primordiale, mais cette socialité doit être entretenue par l’environnement dans lequel il évolue.
Cependant, les chats ne vivent pas en véritables groupes sociaux. Les ordres sociaux (hiérarchie de dominance) qui s’établissent entre chats ne sont pas stables et dépendent du contexte. Vivre en groupe nécessite une organisation de l’espace et de l’accès aux ressources.
Dans la nature, les femelles s’organisent en groupes matriarcaux composés de la mère et de sa descendance (plusieurs générations), et forment ainsi de véritables pouponnières ou chatonneries. Les mâles adultes, eux, sont plutôt solitaires.
En zone urbaine, on assiste à des regroupements de chats mâles formant ce qu’on appelle : une fraternité. Dans ces groupes, il y a des dominants, des subordonnés et des alliances entre certains chats.
En appartement, l’organisation sociale entre les chats se fait par affinité : les chats doivent partager le même territoire, et s’ils ont la chance d’avoir une sociabilité entretenue, ils réussiront à cohabiter de manière pacifique (se toiletter mutuellement, dormir ensemble, manger côte à côte…). Il peut arriver qu’un chat prenne le dessus sur les autres, pour l’accès à une pièce, aux gamelles… On parle de hiérarchie de dominance quand un individu (le dominant) a priorité sur un autre (le subordonné). Mais ce système de hiérarchie n’est pas figé et peut évoluer au cours du temps. Il s’agit simplement pour les chats de gérer au mieux la cohabitation dans un territoire restreint.




















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